5 raisons techniques et psychologiques qui expliquent le krach express de l’or de ce jeudi 26 janvier 2026

Laurent Carbonnet

5.546 dollars l’once à 17h, 5.106 dollars à 17h12. En l’espace de quelques minutes ce jeudi 29 janvier 2026, l’or a effacé en Bourse plus de 8 % de sa valeur avant de rebondir partiellement. Derrière ce décrochage brutal, plusieurs ressorts – rationnels ou émotionnels – se sont combinés. Voici les cinq leviers principaux qui ont précipité la chute.

Capture du cours de l’or (timeframe 4h) ce jeudi 29/01/2026

Un excès d’euphorie nourri par des records en série

L’or avait flambé comme rarement auparavant. En 2025, son cours avait bondi de 64,6 %, puis encore de 25 % en janvier 2026. Le 29 janvier au matin, une once s’échangeait à 5.595,47 dollars, un sommet historique.

Cette euphorie généralisée a nourri un engorgement des positions haussières. D’après Bank of America, 51 % des gérants interrogés considéraient l’or comme le « pari le plus crowded » du moment, loin devant les actions des géants tech de Wall Street. Lorsque tout le monde joue dans le même sens, le marché devient vulnérable.

L’emballement s’est retourné contre lui. Dès les premiers signes de retournement, les investisseurs ont tenté de sortir en masse, provoquant un effet domino.

Des ordres automatiques qui amplifient la chute

Les marchés modernes ne réagissent pas seulement à la main humaine. Ils obéissent aussi aux algorithmes, ces robots de trading qui exécutent des ordres en fonction de seuils prédéfinis. Une cassure technique suffit parfois à déclencher des vagues de ventes.

« Le trading algorithmique a amplifié la baisse », estime Carsten Menke, stratégiste chez Julius Bär. Une fois les supports techniques brisés, les ventes programmées se sont enclenchées en cascade, accentuant la correction au-delà du simple réajustement rationnel.

Ces mécanismes ne sont pas nouveaux, mais leur force de frappe s’est décuplée avec les volumes massifs brassés par les fonds spéculatifs.

Une prise de bénéfices généralisée sur les matières premières

Le repli ne s’est pas limité à l’or. L’argent a chuté de 8,4 %, le nickel et le cuivre ont également été malmenés. Pour les analystes, il s’agit d’un « repli global » après des hausses jugées trop rapides et imprévisibles.

« Les banques ont réduit leurs paris sur l’or car une envolée trop brutale les expose à des pertes massives en cas de retournement », analyse Kathleen Brooks (XTB). Les traders ont verrouillé leurs profits dans un contexte devenu incertain.

Cette vague de réalisme s’est traduite par une liquidation d’actifs, dans une logique de rotation sectorielle plutôt que de panique brutale.

La psychologie des foules et l’effet miroir des marchés actions

Le Nasdaq et le S&P 500 reculaient fortement dans la journée, lestés par les résultats décevants de Microsoft. Cela a déclenché un phénomène classique : la peur gagne tous les segments de marché, y compris les plus réputés pour leur stabilité.

Phil Streible, stratégiste chez Blue Line Futures, parle de « pic d’euphorie atteint ». Quand la confiance bascule, même les valeurs refuges sont touchées. L’or, habituellement perçu comme un abri, s’est retrouvé contaminé par le stress ambiant.

En toile de fond, la perte de confiance dans les politiques monétaires occidentales et les incertitudes géopolitiques (Iran, États-Unis) ont brouillé les repères.

Un dollar stable mais une Fed sans vision

Alors que la Réserve fédérale américaine a maintenu ses taux, le marché espérait un signal clair sur la trajectoire future. Il n’est jamais venu. Le dollar est resté sans direction, et les opérateurs n’ont pas trouvé dans la conférence de presse les réponses attendues.

« Le dollar ne joue plus son rôle de valeur refuge », notent les analystes de Monex USA. Le président Trump a aggravé la confusion en annonçant sans précision qu’il nommerait bientôt un nouveau président pour la Fed, tout en dénonçant des taux « intolérablement hauts ».

Dans un tel flou stratégique, les investisseurs ont préféré réduire leur exposition aux actifs jugés sensibles aux décisions de politique monétaire.

Le décrochage de l’or ce 29 janvier n’est donc pas le fruit d’un seul événement. Il résulte d’un cocktail explosif : emballement spéculatif, automatisation excessive, sentiment de marché affolé, absence de vision politique claire. Reste à savoir si ce krach restera un simple trou d’air… ou le début d’un retournement plus profond.

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