Dassault Aviation vise 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires : pari ambitieux ou scénario réaliste ?

Laurent Carbonnet

Porté par une flambée de 27 % depuis janvier, Dassault Aviation attire de nouveau tous les regards. Entre résultats 2025 supérieurs aux attentes, tensions géopolitiques favorables aux valeurs de défense et méga-contrat en négociation avec l’Inde, le groupe affiche un objectif clair : atteindre environ 8,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2026. Ambition maîtrisée ou optimisme excessif ? Décryptage d’un scénario qui pourrait redessiner la trajectoire boursière du groupe.

Des résultats 2025 qui changent la perception du marché

Les chiffres publiés ont pris le marché à contre-pied. En 2025, Dassault Aviation a généré 7,42 milliards d’euros de revenus, soit une progression de 19 %. L’objectif initial était fixé à 7 milliards. La surprise est nette.

La rentabilité suit la même dynamique. Le résultat opérationnel atteint 635 millions d’euros, avec une marge de 8,6 %, tandis que le résultat net dépasse le milliard d’euros, bien au-dessus du consensus. Sur le seul second semestre, la marge opérationnelle frôle les 10 %, portée par une meilleure maîtrise des coûts et un ralentissement des dépenses de R&D.

Le flux de trésorerie libre bondit également à 353,7 millions d’euros, plus du double de 2024. Ce point est stratégique : une trésorerie solide permet d’absorber les cycles industriels longs propres à l’aéronautique et de soutenir le dividende, relevé à 4,78 euros par action.

Les investisseurs ont salué la performance. À Paris, l’action a progressé de près de 5 % dans la foulée, signant l’une des meilleures performances du SBF 120.

Rafale : la dynamique militaire peut-elle soutenir 2026 ?

La division défense reste le socle du modèle économique. En 2025, 26 Rafale ont été livrés, contre 21 l’année précédente. En 2026, l’objectif passe à 28 appareils.

Le carnet de commandes atteint 46,6 milliards d’euros, dont 220 Rafale. Ce matelas de visibilité constitue un argument majeur pour crédibiliser la trajectoire de chiffre d’affaires.

La négociation en cours avec l’Inde pour 114 appareils supplémentaires pourrait changer d’échelle. Le contrat inclut également une montée en puissance du « Make in India », impliquant un soutien industriel local avec Thales et Safran. Si cette commande se concrétise pleinement, la cadence pourrait progressivement atteindre cinq Rafale par mois.

Dans un contexte marqué par les tensions au Moyen-Orient et les incertitudes géopolitiques, les budgets de défense redeviennent prioritaires. Ce climat bénéficie mécaniquement aux industriels positionnés sur les avions de combat.

Falcon : le vrai défi industriel

C’est du côté des jets d’affaires que se joue l’équation 2026. En 2025, 37 Falcon ont été livrés, sous l’objectif de 40 appareils. Pour 2026, Dassault vise précisément 40 livraisons.

Le problème n’est pas commercial. Le PDG Éric Trappier évoque un « marché actif », notamment aux États-Unis où le jet privé reste un outil de mobilité stratégique pour les dirigeants. Le défi est industriel : la gamme Falcon comporte plusieurs modèles, ce qui complexifie la chaîne d’approvisionnement.

Le Falcon 6X vient d’entrer en service. Le 10X est attendu. Les anciens modèles comme le Falcon 2000 conservent un bon niveau de commandes. Si la chaîne logistique se stabilise, l’effet volume pourrait soutenir mécaniquement le chiffre d’affaires.

Le marché surveille ce segment de près. Une exécution parfaite sur les livraisons serait le catalyseur clé pour transformer l’objectif de 8,5 milliards en réalité tangible.

SCAF : un risque stratégique à surveiller

Le dossier du Système de combat aérien du futur (SCAF) reste une zone d’ombre. Les tensions avec Airbus ont été publiquement exposées par Éric Trappier, qui estime que le programme pourrait être « mort » si les désaccords persistent.

Ce projet structurant, porté par la France, l’Allemagne et l’Espagne, devait incarner l’avion de combat européen de nouvelle génération. L’enjeu dépasse le simple chiffre d’affaires : il touche au leadership industriel et technologique.

À court terme, l’impact financier reste limité puisque le Rafale continue de générer des flux solides. À long terme, un échec du SCAF pourrait redistribuer les cartes dans la compétition internationale face aux industriels américains.

8,5 milliards d’euros : prudence ou excès d’optimisme ?

Les analystes anticipent en moyenne 8,54 milliards d’euros de revenus pour 2026. L’objectif communiqué par Dassault est donc aligné avec le consensus.

Le scénario repose sur trois piliers : montée en cadence du Rafale, normalisation industrielle sur les Falcon, maintien d’un environnement géopolitique favorable aux budgets de défense. Si ces conditions sont réunies, la cible semble atteignable.

Reste la question boursière. Après une progression de 27 % depuis janvier, une partie des bonnes nouvelles est intégrée dans les cours. La poursuite de la hausse dépendra de la capacité du groupe à délivrer trimestre après trimestre.

Avant de vous positionner sur une valeur cyclique comme celle-ci, il peut être pertinent d’évaluer la place qu’elle occupe dans votre allocation globale. Vous pouvez, par exemple, tester différents scénarios via notre simulateur de placement financier afin d’estimer l’impact d’un investissement dans une action de défense sur votre stratégie patrimoniale.

La trajectoire vers 8,5 milliards d’euros n’a rien d’impossible. Elle exige une exécution industrielle sans faille et un environnement géopolitique stable dans son instabilité.

Pensez-vous que Dassault Aviation peut encore surprendre le marché en 2026 ? Donnez votre avis en commentaire et partagez cet article avec ceux qui suivent de près les valeurs de défense.

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