Ce 26 mai 2026, la Monnaie de Paris a fait basculer un siècle d’attente. Pour la première fois depuis l’arrêt de la frappe des Napoléons, vous pouvez acheter une pièce d’or d’investissement « made in France », baptisée Marianne or. Derrière le symbole républicain, c’est une réponse directe à la flambée du métal jaune, à l’érosion du pouvoir d’achat et à la défiance envers les placements traditionnels. Entre version physique, version dématérialisée, fiscalité spécifique et concurrence du Krugerrand sud-africain, ce lancement bouscule les habitudes des investisseurs et redessine les frontières de l’épargne refuge. Décryptage.
Une frappe historique sur les quais de Seine, après un siècle d’absence
La Monnaie de Paris n’est pas un acteur anodin. Établissement public industriel et commercial fondé en 864, elle produit les pièces françaises depuis plus de 1 000 ans et reste installée sur les quais de Seine depuis 1775. C’est précisément dans ces ateliers parisiens, à quelques centaines de mètres de Notre-Dame, que sortent désormais les premières Marianne or.
Le contexte rend ce lancement particulièrement signifiant. Plusieurs monnaies d’investissement en or, ou bullion, existent dans le monde dont les plus connus sont le Krugerrand sud-africain ou le Maple Leaf canadien, mais en France les investisseurs se rabattaient jusqu’ici sur l’achat d’occasion de Louis d’or ou de Napoléons, dont la Monnaie de Paris a arrêté la frappe il y a un siècle. Autrement dit, la France était l’un des rares pays développés à ne plus produire sa propre pièce d’or de placement.
«Répondre aux attentes des investisseurs» et «démocratiser et moderniser le marché de l’or en France» : voilà les mots employés par Marc Schwartz, PDG de la Monnaie de Paris, lors du point presse de lancement. Derrière la formule, un constat financier. L’établissement public a réalisé 197 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025, dont 82 millions avec les monnaies de collection. Ouvrir un marché bullion, c’est viser un nouveau levier de croissance dans un segment dominé jusqu’ici par les acteurs étrangers.
Pour vous, la nouveauté est concrète. Vous achetez désormais une pièce frappée à Paris, avec la garantie d’un opérateur d’État, sans plus avoir à passer par le marché de l’occasion ou par des intermédiaires privés pour acquérir de l’or libellé en symboles français.
Quatre formats, un design républicain et un cours qui s’envole
La fiche technique pose un cadre clair. La pièce, frappée d’un côté du symbole républicain de Marianne et de l’autre de la carte des territoires français, existera en quatre formats, tous en or pur à 999 millièmes, allant de l’once d’or (31,1 grammes) au dixième d’once d’or (3,11 grammes).
L’once, le demi-once, le quart d’once et le dixième d’once : c’est exactement la grille adoptée par les leaders mondiaux du bullion. Ce calibrage international facilite la liquidité à la revente, y compris hors de France. Si vous voulez tester le marché sans engager une somme massive, le dixième d’once vous offre une porte d’entrée à environ 390 euros au cours actuel.
Le cours de l’or, lui, écrase tout. L’once d’or vaut actuellement environ 4 500 dollars, soit un peu moins de 3 900 euros. Le cours de ce métal précieux a bondi de 65% en 2025, atteignant même fin janvier 2026 un record historique de près de 5 600 dollars l’once, porté par la recherche de valeurs refuge. Cette envolée est nourrie par les tensions géopolitiques, l’inflation persistante et la méfiance envers certaines monnaies fiduciaires.
Côté distribution, le calendrier est précis. La commercialisation des Marianne et e-Marianne débute mardi sur internet pour les clients les plus fidèles de ses médailles et pièces de collection, et sera ouverte au grand public à partir du 16 juin. Cette ouverture progressive vise à éviter la saturation logistique, mais elle crée aussi un effet de rareté qui pourrait stimuler la demande initiale.
Physique ou dématérialisée : la double promesse du Marianne or
C’est probablement l’innovation la plus marquante du dispositif. L’investisseur pourra choisir de se faire livrer son bullion, pour le posséder, le transmettre ou l’offrir. Mais il pourra également opter pour la version dématérialisée. Dans ce cas, la Monnaie de Paris conservera de manière sécurisée le bullion. Elle s’approvisionnera en or pour garantir le placement du client, et s’engage à lui racheter au cours du jour lorsqu’il souhaitera le revendre. L’acheteur d’un e-bullion pourra également choisir de finalement recevoir un Marianne or physique.
La logique est claire : éliminer les frictions classiques de l’or physique. Stockage, assurance, sécurité du domicile, transport pour la revente. Avec le e-bullion, vous achetez en quelques clics, vous laissez l’or dans les coffres de l’institution, et vous le revendez à n’importe quel moment au cours du marché. Vous gardez toutefois la liberté de demander la livraison physique si la conjoncture vous y pousse.
Cette flexibilité a un coût. L’institution monétaire française précise toutefois que l’achat d’un bullion physique comme d’un e-bullion donnera lieu au paiement d’une commission ainsi que de frais d’envoi ou de frais de garde, selon l’option choisie. Les montants exacts dépendront du format et du mode de détention choisi.
Pour mesurer la pertinence de chaque formule par rapport à votre situation, vous pouvez faire une simulation d’épargne afin de comparer le rendement potentiel d’une allocation en or aux autres supports de votre patrimoine. L’or ne génère ni intérêts ni dividendes : son rendement provient uniquement de la variation de son cours et de sa fonction de couverture contre l’inflation.
La fiscalité de l’or : le piège qui peut effacer votre plus-value
C’est ici que beaucoup d’épargnants se font surprendre. Le Marianne or, comme tout or d’investissement, échappe à la TVA à l’achat. Mais la revente, elle, est encadrée par deux régimes alternatifs, et le choix du mauvais peut coûter cher.
Le taux de la taxe forfaitaire est de 11,5 % du prix de cession (11 % de taxe + 0,5 % de CRDS), sans prise en compte du prix d’achat ni de la durée de détention. Ce régime est simple, automatique et ne nécessite aucun justificatif d’origine. Vous vendez 10 000 euros de Marianne or, vous payez 1 150 euros, point.
La deuxième option, plus technique, peut s’avérer redoutablement avantageuse. Depuis le 1er janvier 2026, cette taxe est de 37,6% sur les plus-values, avec un abattement de 5% par an au-delà de la 2ᵉ année de détention pleine, conduisant à une exonération totale après 22 ans. Le calcul devient stratégique : sur une plus-value modeste ou sur une détention longue, la taxation sur la plus-value réelle écrase la taxe forfaitaire.
L’Administration fiscale impose toutefois une condition essentielle pour bénéficier du régime sur la plus-value réelle. Pour pouvoir exercer l’option de la taxation sur la plus-value réelle lors la revente de pièces d’or, il faut pouvoir identifier précisément la ou les pièces : il est conseillé lors de leur achat de ne pas en avoir demandé la livraison sauf à ce qu’elles aient été livrées dans un sac scellé dont l’identification permet de faire le lien entre ce lot sous scellés et la facture d’acquisition.
Conservez précieusement votre facture nominative. Sans ce document, vous tombez automatiquement dans le régime forfaitaire à 11,5 %, même si vos pièces sont en moins-value. Et attention à la succession : si lors d’une succession, les héritiers oublient de déclarer l’or reçu en héritage, ils ne pourront pas utiliser l’option d’imposition sur la plus-value réelle lors de la revente. Ils seront taxés d’office au taux de 11,5%.
Marianne or contre Bitcoin, Krugerrand et Napoléon : qui choisir ?
Le lancement du Marianne or relance un débat patrimonial classique. Faut-il préférer une pièce officielle française ou les références internationales du bullion ? Le Krugerrand sud-africain et le Maple Leaf canadien dominent depuis des décennies. Leur avantage : une liquidité mondiale immédiate, des tirages massifs, une décote très faible par rapport au cours spot de l’or.
Le Marianne or part de zéro en termes de notoriété, mais il bénéficie d’un argument fort : le statut d’or d’investissement reconnu, frappé par un opérateur d’État, ce qui sécurise sa qualification fiscale et facilite sa revente sur le territoire français. Pour un épargnant français qui prévoit de revendre en France, cet ancrage local a un poids réel.
La comparaison avec les Napoléons d’occasion est plus subtile. Un 20 francs Marianne Coq garde une prime numismatique liée à son histoire. Le Marianne or, lui, suit strictement le cours du métal, sans prime de collection significative. C’est plus simple à valoriser, mais cela signifie aussi qu’il ne sera jamais un objet de spéculation numismatique pure.
Face au Bitcoin et aux cryptomonnaies, l’or joue une partition radicalement différente. Pas de promesse de rendement à deux chiffres, pas de volatilité extrême : juste la conservation du pouvoir d’achat sur la très longue durée et une corrélation négative avec les marchés actions en période de crise. Les banques centrales, à commencer par la Banque centrale européenne, n’ont d’ailleurs jamais cessé d’accumuler des réserves en or, ce qui en dit long sur leur perception du risque systémique.
Que pensez-vous de ce retour en force de l’or made in France ? Allez-vous craquer pour une Marianne or physique, tester le e-bullion, ou rester fidèle à vos placements habituels ? Partagez votre stratégie en commentaire, racontez-nous vos retours d’expérience sur l’or d’investissement, et n’hésitez pas à partager cet article à un proche qui hésite encore à diversifier son épargne.
